Présentation de la revue

Il est assez largement admis que le droit constitutionnel a connu d’importantes mutations depuis quelques décennies. L’une des principales raisons est certainement le développement de ce qu’il est convenu d’appeler la justice constitutionnelle, ou tout au moins l’intervention croissante des juges dans les processus constitutionnels. On considère volontiers qu’il en serait résulté un surcroît de « normativité ». Le droit constitutionnel aurait ainsi accompli, en quelque sorte, un processus de normalisation, qui le placerait « à  l’égal » des autres disciplines juridiques ; en d’autres termes, il serait ainsi devenu un « vrai droit ». Quoi qu’il en soit de ce phénomène, il n’est pas resté sans conséquences sur les orientations de la science constitutionnelle elle-même. On affirme parfois qu’elle aurait connu un « renouveau ». Ce mouvement est peut-être trompeur et a entraîné un certain nombre de malentendus. Il s’est surtout accompagné, parfois de manière inconsciente, d’un important rétrécissement de l’horizon d’étude des processus de l’action politique. Jus Politicum se propose comme le lieu où pourront apparaître toutes les contributions requises en vue d’appréhender de la façon la plus vaste et la plus diversifiée le phénomène des constitutions politiques. A un âge où ce terme semblerait appartenir à  un passé intégralement révolu, parler comme nous le faisons de « droit politique » vise à  s’en donner les meilleures chances. Le terme rappelle qu’un vaste ensemble de savoirs, de pratiques, voire de conceptions coutumières, surplombe encore aujourd’hui les constitutions. Il rappelle aussi le lien natif existant entre le droit et la politique.

Trop souvent, dans la période contemporaine, ces vérités ont été mises de côté en sacrifiant l’intelligibilité des phénomènes mêmes qu’on se proposait d’étudier. On peut certes s’en tenir à  recenser et gloser les textes des constitutions, en décidant d’avance qu’elles épuisent le contenu du droit constitutionnel. Jus Politicum prend le parti opposé. Les juristes qui en prennent l’initiative ne doutent pas que la scission sciemment opérée par le passé entre, d’une part, ce qu’on appelle aujourd’hui – sans trop y réfléchir – les normes juridiques et, d’autre part, les phénomènes politiques porte des fruits néfastes de part et d’autre du barbelé désormais érigé entre les disciplines académiques. Partir du droit n’est donc ni un hasard ni une exclusive ; car il pourrait s’agir d’aboutir à  une nouvelle appréhension de la politique elle-même, notamment dans sa dimension institutionnelle. Saisir ce qu’on appelle le « droit constitutionnel » ne devrait pas interdire le recours à  l’étude de l’histoire, des pratiques, et des œuvres de réflexion allant de la littérature d’intervention politique jusqu’à  la philosophie la plus spéculative. Notre ambition est de permettre aux études portant sur ces questions de trouver un lectorat et de susciter, de manière pluraliste et sans sectarisme, la discussion qu’elles méritent.

Que notre revue soit électronique ne saurait guère surprendre : internet s’est imposé comme le lieu le plus adéquat pour réunir tous les aspects, et les différents rythmes, de la vie intellectuelle. Né en vue de transmettre sans délai des informations volatiles, il est devenu un support approprié pour des ressources ayant vocation à  perdurer et se diffuser largement. Jus Politicum se propose de profiter de cette plasticité : une rubrique « articles » recueillera les contributions les plus accomplies. La forme électronique permet ainsi de publier des articles trop longs pour trouver place dans les revues classiques. Ces contributions, lorsqu'elles sont de qualité, contribuent pourtant de manière décisive à  l’enrichissement du savoir scientifique. Une seconde rubrique (« papiers ») recueillera des travaux moins aboutis, encore que préalablement soumis à  la lecture critique d’autres membres de la communauté scientifique, ou des textes issus de colloques attendant ou non une publication sous une autre forme. De tels modes d’expression se répandent dans le monde universitaire. Une revue électronique permet seule de les prendre en compte et d’assurer leur diffusion.

Mais l’existence d’une revue de ce type n’empêche pas la coexistence avec une forme papier de la revue, forme qui a encore les faveurs de beaucoup d’universitaires, et qui présente aussi l’avantage de ne pas être victime de l’obsolescence rapide des techniques électroniques, donc plus à  même d’être longtemps accessible. C’est la raison pour laquelle Jus Politicum sera, une fois par an, publié sous la forme papier dans un volume plus restreint, à  partir d’une sélection des textes parus dans la revue électronique. Cette seconde version de la revue sera assurée par les éditions Dalloz que nous remercions de nous accompagner dans cette aventure.

Enfin, comme vise à  le dire son titre, dans une langue qui leur permit longtemps de se parler et de s’entendre, Jus Politicum se propose d’être, dès sa naissance, un lieu de rencontre entre différentes cultures nationales. La revue comporte trois langues de travail et de publication : Français, Anglais, Allemand. Elle réunit des universitaires et des savants venus des grands laboratoires du constitutionnalisme : France, Grande Bretagne, Allemagne, Etats-Unis, Israël. Il s’agira ainsi, sans se dissimuler l’importance des particularités nationales, de se rappeler que le constitutionnalisme a été et reste ce qu’un de ses précurseurs avait appelé une grammaire universelle.

Le site Internet de la revue a pu être créé grâce au concours financier de l'Université de Versailles- Saint Quentin en Yvelines, de l'Institut Michel Villey, ainsi que des laboratoires de droit public et de science politique de Versailles Saint Quentin en Yvelines. Qu'ils en soient ici chaleureusement remerciés. Nous souhaitons également exprimer notre gratitude à  Abel Poucet et Catherine Szpira pour la conception et la réalisation du site.

Conseil de rédaction

Denis Baranger (Paris II), Olivier Beaud (Paris II), Philippe Lauvaux (Paris II), Armel Le Divellec (Le Mans ; secrétaire de rédaction), Carlos-Miguel Pimentel (Versailles-St. Quentin-en-Yvelines), Christoph Schönberger (Konstanz), Adam Tomkins (Glasgow).

Conseil scientifique

Président : Pierre Avril (Paris II)

Membres : Klaus von Beyme (Heidelberg), Guy Carcassonne (Paris X), Dominique Chagnollaud (Paris II), Jean-Claude Colliard (Paris I), Vlad Constantinesco (Strasbourg III), Jean-Marie Denquin (Paris X), Christoph Gusy (Bielefeld), Ran Halévi (CNRS), Josef Isensee (Bonn), Lucien Jaume (Cevipof / Paris), Olivier Jouanjan (Strasbourg III), Claude Klein (Jerusalem), Franck Lessay (Paris III) , Corinne Leveleux-Teixeira (Orléans), Martin Loughlin (Londres), Ulrich K. Preuss (Berlin), Philippe Raynaud (Paris II), Pierre Rosanvallon (Collège de France / Paris), Cheryl Saunders (Melbourne), Michel Troper (Paris X), Neil Walker (Edimbourg / Florence).

Pour citer cet article :
«Présentation de la revue », Jus Politicum, n° 1 [http://juspoliticum.com/article/Presentation-de-la-revue-24.html]